J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne
Théâtre de Vanves / de Jean-Luc Lagarce / mes Nicolas Grosrichard

Lagarce-NicolasGrosrichard

Cinq femmes se relaient tour à tour au pas de la porte de leur maison de village. C’est une attente en clair obscur qui se dessine là ; entre rêve et désillusion, les cinq femmes de Nicolas Grosrichard se débattent intérieurement avec force et finesse. 

 

Les voix étouffées et intimes qui s’élèvent du plateau nous entraînent dans une écoute et une attention extrêmes qui figent un brin le spectateur, à l’instar de ces cinq femmes en attente dans une maison sans fils/frère.

L’ultra esthétisme lumineux et sonore, puisé quelque part chez Joël Pommerat, les tableaux qui s’enchainent, la fixité un peu répétitive, sont assez vite dépassés par le choix de jeu d’acteur, où l’hyperréel côtoie le réel. L’hyperréel arrive par le ressenti d’une existence en arrêt et d’une attente de manière si palpable qu’elles en deviennent trop réelles, trop présentes, à la fois ici et maintenant mais aussi en amont et en aval de la représentation.

Les cinq femmes attendent le jeune frère, le fils, parti il y a trop longtemps déjà et sans prévenir. La pièce commence quand, enfin, le voilà de retour, silhouette entrevue ou fantasmée par les filles, le voilà de retour oui, non pas pour être avec elles et reprendre sa vie, mais pour la finir dans leurs bras, pour tomber sur le pas de la porte. Voilà que les rancoeurs, les remords, les espoirs s’expriment.

Le texte prend tout son espace, les voix des actrices sont comme les véhicules de cette existence qu’elles décrivent, entre fantasme et réalité. Dans les deux cas, les perceptions sont réelles, vécues et retransmises à fleur de peau. La salle est dans une écoute absolue des tragédies de ces cinq voix de femmes, entre résidus d’espoir, vies qui reprennent ou se laissent glisser/couler là, sous nos yeux, derniers sursauts de colère ou de passion avant l’oubli, ou l’adieu.

Les instants que nous observons, les interrogations réelles, sont des fêlures, des cadeaux émotifs donnés de la scène à la salle. L’esthétisme formel et léché de la mise en scène est sillonné, craquelé, de toutes ces petites fêlures émotionnelles, et perd de sa rigidité, peu à peu, pour devenir un écrin au jeu et lui permettre toute sa finesse. La scène est vide d’accessoires et d’objets mais pleine de ces yeux qui cherchent dans la pénombre, un possible, une étincelle peut-être.

On entend des peines, des colères de vies arrêtées, on aimerait les voir un peu plus sales, un brin plus violentes peut-être, et éclatées, mais tout ce qui est exposé là reste contenu, au bord de l’implosion, et ce choix rend l’émotion plus intime, plus souterraine sans doute.

http://www.lesouffleur.net/9052/jetais-dans-ma-maison-et-jattendais-que-la-pluie-vienne/


 

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